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Les douves et les remparts

 


Les douves et les remparts


Les douves et les remparts
On accède à la Forteresse de Salses par un châtelet, une demi-lune et trois pont-levis. Pour résister aux canons, la place forte a été enterrée, les remparts protégés par de larges douves et les créneaux remplacés par des flancs bombés où les boulets rebondissaient.

Voici l'histoire de la Citadelle, tirée du site : http://cdlm.revues.org/document1362.html


Dès 1634, les Espagnols craignent une invasion française du côté de Fontarabie et se hâtent de mettre en oeuvre les travaux de défense indispensables. Pour ce faire, l'ingénieur Pedro Palear Fratín visite une grande partie des fortifications de la frontière.

Il commence par Saint-Sébastien, ville construite sur une péninsule, à l'embouchure du fleuve Urumea, et qui ferme la mer par une petite baie protégée par le mont Urgull de possibles invasions françaises. Comme la particularité de ce lieu repose sur une communication à la fois terrestre et maritime, Palear Fratín remplace le bastion dit "del Ingente" donnant sur la mer et à moitié en ruine par un autre plus apte à la défense du fort. Quelques temps plus tard, l'ingénieur de l'armée de Perpignan, Antonio Gandolfo, ainsi que l'ingénieur chargé des réparations des fortifications, Gerónimo de Soto, et le cosmographe Pedro de Texeira se rendent à leur tour à Saint-Sébastien pour proposer la construction d'un autre bastion -appelé "Sariola"- ainsi qu'un ouvrage à cornes servant à mettre à couvert la partie de la plage. Le 8 décembre 1639, Soto envoie un rapport au roi sur l'avancée des travaux : l'ouvrage à cornes, la batterie de Santa Clara et le fortin de San Bartolomé sont terminés ; le bastion de Sarriola est à moitié achevé, mais les fossés ne sont pas commencés. En 1641, on fait donc appel à deux mille ouvriers qui couronnent les parapets afin de limiter leur endommagement par les tirs ennemis et de protéger au mieux les tireurs placés derrière ces murs. Cette même année, Diego de Isasi, autre ingénieur chargé de la défense des frontières, propose un plan visant à défendre la côte de l'invasion française grâce à la construction d'une citadelle qui dominerait le côté de la mer. Cette idée est temporellement et financièrement irréalisable et demeure à l'état de projet, même si les Espagnols craignent que les Français n'assiègent la forteresse au début de l'année 1643.

À quelques kilomètres de là, le port de Pasajes, situé entre Saint-Sébastien et Fontarabie -dont il assure la protection- est défendu par une tour crénelée de type moyenâgeux appelée "Reyes Católicos". Cette tour ne peut recevoir d'artillerie lourde et sa disposition surélevée en fait une cible d'autant plus privilégiée que ses murailles ne sont pas en mesure de résister aux boulets de fer. Elle n'a pas été remaniée plus tôt car la topographie dote le port de Pasajes d'une entrée étroite qui, en interdisant l'arrivée massive de bateaux, le protège naturellement. En fait, les navires, obligés de passer l'entrée les uns après les autres, sont incapables d'éviter les tirs ennemis ; de plus, une fois à l'intérieur du port, il leur est impossible d'en sortir rapidement en cas de course entreprise par l'adversaire.

Toutefois, pour mieux empêcher l'entrée de navires dans la rade, il faut construire un autre fort du côté de la France, endroit le plus sujet à un envahissement. Pour cela, Soto propose en 1633 un plan à Philippe IV qui vise à mettre à l'abri Fontarabie en construisant un fort sur la montagne qui surveillerait l'entrée du port et les déplacements des ennemis sur les côtes. En effet, Fontarabie, Hernani et Rentería sont vulnérables de ce côté à cause d'une topographie facilement accessible à l'adversaire s'il parvient à mouiller dans le port de Pasajes.

La construction d'un fort contrecarre l'avancée des ennemis sur les terres. Soto nomme ce fort "Santa Isabel". Quelque mois plus tard, le 18 octobre 1635, le mestre de camp Gaspar de Carvajal Flores est chargé de surveiller sa construction qui est conçue comme temporaire avec fascines et gabions. En mars 1637, Soto est secondé dans la fortification de Pasajes par Gandolfo. Ensemble, ils veillent à la poursuite de la construction, dans le fort "Santa Isabel", de la plate-forme pour l'artillerie qui donne sur la mer. Ce fort carré est désormais muni de quatre bastions de façon à surveiller la campagne au mieux. S'agissant d'un fort d'arrêt plus que d'une forteresse apte au déroulement d'un siège, les deux ingénieurs ne jugent pas utile d'ajouter des demi-lunes. Malgré l'empressement de Soto et de Gandolfo, le 5 juillet 1638, alors que les Français assiègent Fontarabie depuis quelques jours, Pasajes n'est pas encore en état de couper la route à l'envahisseur. Le 25 juillet 1640, le fort "Santa Isabel" n'est toujours pas muni de plate-forme pour y déposer l'artillerie lourde. Il est vrai que la guerre s'est déplacée en Roussillon. Ce n'est que le 22 novembre 1642, après la reddition des forteresses de Salses et de Perpignan, que l'installation de la plate-forme est achevée. Ce nouveau fort terminé, les habitants de Pasajes ne veulent plus entretenir le fort "Ángel", plus ancien et situé sur une éminence qui découvre Saint-Sébastien. Comme il n'est plus d'aucun intérêt stratégique et que sa sauvegarde peut servir de camp de retranchement aux ennemis s'ils l'investissent, il est démoli.

Un peu plus loin, Rentería, bien que retardant par sa position l'avancée des ennemis sur Saint-Sébastien et Hernani, n'est pris en compte qu'après 1643, lorsque les Espagnols s'aperçoivent que les Français renonçent à envahir le Guipúzcoa par la mer puisque Saint-Sébastien et le port de Pasajes ont été fortifiés. Ainsi, le père jésuite Francisco de Isasi, dans le rapport qu'il envoie à Philippe IV le 30 mars 1643, prévoit d'établir un fort sur l'éminence de la ville du côté des rochers, car elle surplombe le chemin qui mène à Saint-Sébastien. Francisco de Isasi construit l'ensemble en pierres de taille, car le terrain accidenté et l'importante pluviométrie n'octroient pas plus d'un an d'existence à une construction faite de terre et de sable. Le Conseil de Guerre, devant les frais engagés, demande l'avis de Gandolfo qui connaît bien les lieux pour s'y être rendu. Celui-ci approuve la décision du père jésuite. Le prix des travaux s'élève à cent quarante mille écus, chiffre identique à celui de la remise en état de la forteresse de Perpignan.

Saint-Sébastien, Pasajes et Rentería fortifiés, il est nécessaire d'élargir les fortifications à d'autres lieux afin que la région puisse résister longtemps à une invasion. Ainsi, la ville d'hernani, bien qu'elle soit un des verrous interdisant l'entrée dans le Guipúzcoa aux Français, n'est pas consolidée convenablement au moment du siège de Fontarabie puisqu'elle ne peut la protéger de l'invasion française ; pas plus qu'elle n'a été réparée en décembre 1642, comme l'indique un rapport du père Francisco de Isasi. Dans son rapport, il précise que les murailles sont à moitié ruinées et transformées en vergers par les habitants qui ne craignent pas d'autre incursion française. De sorte que, pour que ces murs soient utiles à la défense, il faut les rehausser et élargir l'enceinte du fort pour y loger une garnison supérieure. Francisco de Isasi insiste car la monarchie, déjà engagée dans d'autres réparations, répugne à de nouveaux frais.

Hernani est pourtant d'égale importance stratégique que Saint-Sébastien, Pasajes ou Rentería puisque, si les Français s'en emparent, ils ont alors tout loisir d'y établir un camp de retranchement et d'effectuer des incursions vers les autres forteresses. Francisco de Isasi consolide les deux forts existants, l'un du côté du Guipúzcoa -appelé Latellería- et l'autre vers l'église, par des revêtements de pierre. Le premier fort est conçu comme une citadelle avec des magasins d'armes et de vivres. Le deuxième fort, situé à quelques centaines de mètres de l'église, est rattaché au reste de la fortification par un bastion. À ces travaux d'édification le père Isasi rajoute portes, herses et ponts-levis au-dessus du fossé qu'il creuse davantage afin que les ennemis ne parviennent pas jusqu'à l'escarpe pour poser des mines. Le couvent, placé en contre-bas d'une éminence, est démoli car il aurait été la proie des feux des opposants lors d'une attaque33.

Mais tous ces travaux n'ont que peu de valeur dès lors que la forteresse de Fontarabie n'est pas en état de supporter un siège. Il est nécessaire de consolider cette dernière pour que les frais engagés dans les autres fortifications ne soient pas réduits à néant. Fontarabie, située dans la partie occidentale de l'estuaire du fleuve Bidassoa, est par conséquent la première ville espagnole en venant de France. Sa défense est capitale puisqu'il est possible de l'attaquer depuis la côte opposée. Les Français ont fait plusieurs fois irruption par Irún pour l'investir, comme ce fut le cas à la fin du XVe siècle, en 1521, et en 1638. En 1634, Philippe IV ordonne la construction d'une palissade devant la porte d'entrée, d'après les plans dessinés par Juan Bravo. Étant donné que l'espace est insuffisant pour sa construction, les travaux sont entrepris devant la porte San Nicolás, plus large pour faire entrer les secours. Toutefois, rien n'est fait en 1637 car la ville privilégie la reconstruction d'une partie de la muraille entourant la porte Santa María du côté d'hendaye. Cette muraille s'était écroulée en mars 1636.

Le siège prend fin en septembre 1638, sans que ces divers travaux aient été menés à terme. L'argent est envoyé en décembre 1638 pour leur reprise. La monarchie a mis plus de trois mois à prendre une décision alors que la situation est critique puisqu'il faut encore relever la muraille, réparer les parapets, construire des guérites à la porte d'entrée, creuser le fossé, construire deux demi-lunes et fortifier Saint-Elme et Iguer. Le 23 janvier 1639, Gandolfo s'adresse à Philippe IV pour lui demander une participation en argent afin que les réparations soient achevées au mois de mai de cette même année. Il préfère, en effet, employer des habitants de la ville pour économiser l'argent du logement et gagner du temps. Mais, le 25 février 1639, il se voit dans l'obligation de demander au roi un surplus de deux cents ouvriers qu'il n'a pu trouver sur place pour achever les nombreux travaux : élaboration d'une demi-lune et d'un pont en face des portes de San Nicolás et de la Magdalena ; construction d'un ravelin protégeant la sortie de la porte de Santa María ; mise en place d'un terre-plein autour du bastion de San Felipe ; défense du bastion de La Reina démoli lors du siège de 1638 ; édification d'un autre édifice de ce style pour renforcer l'ouvrage à cornes ; rehaussement de la muraille jusqu'au bastion de La Magdalena et la fortification de Saint-Elme, fortin construit sur la montagne au-dessus d'iguer.

Toutes ces fortifications soulignent la conception moyenâgeuse de la forteresse et des murailles. En effet, plus de trois demi-lunes sont édifiées pour défendre les portes. En ce début d'année 1639, il reste donc beaucoup de travaux importants à mettre en oeuvre sous la responsabilité du capitaine Damari Muñoz Martínez. Francisco de Isasi, se trouvant dans la forteresse au moment du siège en 1638, est chargé de la direction des opérations. Diego de Butrón et le mestre de camp Crisanto Sorel le secondent. Le 16 septembre 1639, Gandolfo se rend sur les lieux afin de rendre compte au roi de l'avancée des travaux : les réparations ont été commencées en de nombreux endroits sans être menées à terme. En effet, la muraille démolie lors du siège n'est toujours pas reconstruite et il faut encore y ajouter terre-pleins, casemates et parapets pour que l'ennemi ne puisse pas la miner ou l'escalader facilement. Le fort de Saint-Elme et de la pointe d'iguer est commencé, mais sa construction de terre et de bois est provisoire ; par contre, le bastion de San Nicolás est pourvu d'une solide plate-forme munie de trois canons servant de contre-batterie aux tirs ennemis. Les Espagnols se sont aussi empressés de consolider la porte du côté d'hendaye grâce à la construction d'un ouvrage à cornes.

Dans la crainte d'une nouvelle invasion, Francisco de Isasi a donc mis à couvert toutes les portes susceptibles d'être démolies par l'adversaire. Les travaux se poursuivent par le remblaiement de la brèche du bastion de La Reina qui semble n'avoir été achevé qu'en 1641 car Francisco de Isasi y fait alors aussi construire une demi-lune pour en assurer la défense. Quelque temps après, le 15 novembre 1640, il informe le roi qu'il travaille toujours à l'ancienne brèche. Toutefois, le 2 décembre 1640, les travaux sont peu avancés car, d'après un rapport de Francisco de Isasi, à part les herses qui ont été placées à la porte d'entrée de la forteresse, les terre-pleins du bastion de La Reina ne sont pas achevés, pas plus que la demi-lune qui se trouve en face, ni celle qui doit être construite devant la porte Santa María, ou bien encore la demi-lune du bastion de la Magdalena. Ces travaux soulignent l'importance donnée aux bastions dans la défense d'une place ; ceux-ci, avec le revêtement en brique des murailles, sont prioritaires lors des remises en état des lieux fortifiés car ils permettent de se couvrir des tirs des ennemis tout en les canonnant avec plus de commodité. Pour mener à terme toutes ces améliorations, Francisco de Isasi demande vingt mille écus. Le Conseil qui avait son siège en Cantabrie notifie à Philippe IV qu'il ne possède pas l'argent et que la province ne veut pas participer aux frais. Francisco de Isasi se voit dans l'obligation de ralentir l'achat des matériaux pendant plusieurs mois.

Dans ce même temps, les travaux de fortification se portent aussi sur Maya. De par sa situation dans la vallée de Bastán, Maya constitue un magasin d'armes et de vivres et, avec le port de Burguete, ferme les voies d'accès jusqu'à Pampelune. La réédification du fort démoli ne pose pas de problèmes en raison de la défense naturelle constituée par le terrain escarpé du côté de la France. Gandolfo, désigné pour vérifier les fortifications de la frontière, se charge de la reconstruction et désigne Pedro Fratín comme maître d'oeuvre. Mais c'est surtout l'archevêque de Burgos qui fait les démarches pour trouver l'argent nécessaire et, en 1638, le marquis de los Velez ainsi que Gandolfo se montrent satisfaits de l'avancement des travaux. Les parties améliorées du château primitif sont regroupées sous le terme de "Fortificación Nueva" et consistent en des enceintes plus larges pour contenir armes et munitions, ainsi qu'en une porte voûtée munie d'un pont-levis afin de résister aux pétards. Mais le fort de Maya est peu à peu délaissé car les hivers rudes endommagent l'artillerie et font fuir la garnison.

Quant au fort de Burguete, comme celui de Maya, il empêche toute invasion française descendant de Roncevaux vers Pampelune. Gandolfo, une fois de plus, élabore un projet de modification des lieux. Il charge l'ingénieur Aguilar Alberto ainsi que le cosmographe Texeira de l'exécution des travaux et désigne l'archevêque de Burgos comme responsable du déroulement des opérations. La forme allongée du fort s'adaptant aux dénivellations du terrain, certaines murailles sont bien plus élevées que d'autres. d'autre part, le terrain en pente ne dispense pas de creuser un fossé. Ces opérations ne prennent pas trop de retard car, dès 1638, le bastion, dit "de Condé", qui regarde la France est terminé. Le bastion d'Olivares est agrandi et surélevé de façon à ce que les tirs qui en partent ne portent pas préjudice au bastion dénommé "de Condé".

Néanmoins, les ouvrages ne s'édifient pas sans encombre, même si Andrés Marín -sergent-major et gouverneur de la place- dirige les travaux à bon escient, car il faut détruire une partie des granges limitrophes de la forteresse et qui auraient été facilement enflammées par le lancer d'une bombe ennemie. Si l'inconvénient des habitations contiguës est facilement corrigé, les Espagnols ne parviennent pas à se rendre maîtres de la forteresse de Saint-Jean-de-Pied-de-Port qui se trouve en territoire français à une dizaine de kilomètres plus au nord. Les Français ont donc tout loisir de sortir de leur retranchement de nuit et d'arriver à Burguete avant l'aube, en ayant pris soin auparavant de couper les routes à d'éventuels secours.

Le Roussillon constitue, dans cette première moitié du XVIIe siècle, une autre base d'opérations militaires. Cependant la remise en état des lieux fortifiés présente quelques différences avec celle de la région du Guipúzcoa, car les forts sont moins nombreux et les lieux servent surtout de magasins à fourrage. La monarchie espagnole tourne ses efforts vers les forteresses de Perpignan et de Salses, même si cette dernière subit peu de modifications à cause de sa conception de forteresse édifiée à une époque de transition, et la France vers la forteresse de Leucate. Il ne faudrait pas conclure, d'après le nombre plus restreint de forteresses évoquées ici, que le Roussillon est moins bien fortifié que le Guipúzcoa. En réalité, la défense de cette région repose, d'une part, sur Salses, Perpignan et Leucate et, d'autre part, sur un terrain plus accidenté qui ne rend pas nécessaire une multiplication de forts et de fortins.

Le site de Leucate repose sur une terre sablonneuse. Au XVIIe siècle, la presqu'île de Leucate est rattachée à la terre par un isthme étroit, appelé "grau". Elle est donc entourée de marécages que les soldats prennent parfois pour des sables mouvants. La forteresse de Leucate est construite sur un plateau ainsi que le conseillaient les règles de fortifications médiévales. En position surélevée, elle surveille et barre la route qui mène jusqu'à Narbonne. Les eaux maritimes qui baignent presque ses falaises en rendent l'accès encore plus difficile. Pourtant, d'après les descriptions de l'époque, la forteresse n'est pas de très grande superficie. Munie uniquement de quatre bastions, elle ressemble davantage à un fort carré de faible envergure, mais la disposition du terrain, de la mer, ainsi que les fortes pluies la protègent d'une invasion. d'autre part, son isolement dans les hauteurs ne la confronte pas au problème d'édifices voisins qui pourraient servir d'abri à l'ennemi.

Toutefois, il faut aussi songer à son ravitaillement effectué par le biais de petits bateaux qui mouillent dans le grau. Le principal avantage de cette forteresse réside donc dans sa position géographique surélevée et naturellement protégée. C'est pourquoi peu de modifications ont été apportées dans les années précédant le siège de 1637. Halluin envoie cependant un rapport à Richelieu sur l'état des lieux en septembre 1636. À la lecture de cette lettre, l'aspect médiéval de la forteresse apparaît clairement : un donjon de forme circulaire qui occupe une grande partie de la cour intérieure au détriment des bastions dont la forme réduite ne permet pas de disposer de beaucoup d'artillerie lourde sur les terre-pleins ; enfin, l'absence de fossé, sauf au niveau de la porte, pour éviter la pose de pétards. Halluin mentionne aussi la présence d'une deuxième fortification ajoutée autour de la forteresse après sa construction. Elle consiste en une seconde muraille dont le rôle est de protéger les bastions et en l'adjonction de quatre demi-lunes devant les courtines. Cependant, cette enceinte -peu épaisse et sans terre-plein- n'est pas en mesure de résister longtemps aux batteries des assiégeants.

Quelque temps plus tard, Halluin envoie un autre rapport au Cardinal dans lequel il lui décrit les bastions et l'intérieur de la forteresse. Le bastion le mieux fortifié est celui de Saint-Pierre, situé au nord-ouest, car, d'angle peu aigu, il résiste davantage au choc des boulets ; d'autre part, une ancienne fortification en rend l'accès difficile. Au sud-ouest se trouve le bastion le plus petit et le plus aigu de tous, celui de la Madeleine. Le terrain manque pour l'élargir. Au sud-est, le bastion de Montmorency bénéficie d'un terrain plus large et peut donc défendre correctement les lieux. Les assiégeants choisissent toujours d'ailleurs d'assaillir le plus petit bastion car l'artillerie qui s'y trouve fait moins de dégâts sur leurs troupes. Les bastions de Leucate possèdent deux étages de batteries avec deux pièces d'artillerie à chaque étage. L'étage supérieur découvert reçoit les pièces de gros calibre. L'étage inférieur est casematé, réduisant le champ de tir des embrasures, d'autant plus que celles-ci sont destinées à de toutes petites pièces d'artillerie. Le chemin de ronde, qui longe les courtines, n'offre pas de grande possibilité de tir par sa faible largeur d'environ un mètre et demi. Seuls les mousquetaires peuvent l'utiliser.

Cette description montre que la force du verrou français, qui ferme la porte du Languedoc aux Espagnols, ne repose que sur sa situation géographique surélevée et baignée par la mer. En cas de siège avec un nombre suffisant de soldats chargés d'empêcher les secours, la résistance de Leucate à l'assaillant dépend de l'abondance de ses vivres. Il en va tout autrement pour la forteresse de Salses, dont la conception présente de nombreux avantages pour soutenir un siège.

Ferdinand le Catholique élabore le projet de construire une nouvelle forteresse à Salses, au moment où le calme semble être revenu avec la France. Il la conçoit comme une place d'arrêt devant bloquer les invasions françaises en Roussillon. Les travaux commencent dans le courant de l'année 1497. En effet, les récits de la guerre de 1496 mentionnent le vieux fort, alors que ceux qui font état de la guerre de 1503 décrivent la forteresse actuelle encore en construction, mais suffisamment avancée pour subir un siège. Francisco Ramiro apparaît comme l'ingénieur chargé d'élaborer les plans de la forteresse. L'homogénéité de la forteresse et la rapidité des travaux, échelonnés de 1497 à 1506, mettent en relief l'importance qu'on y attache.

Construite à une époque de transition qui doit prendre en compte le perfectionnement de l'artillerie, la forteresse de Salses est dotée de formes circulaires à parois épaisses qui présentent moins de prise à l'encastrement des boulets désormais métalliques. Toutefois, l'épaisseur des murailles -entre six et dix mètres- présente l'inconvénient de réduire considérablement le champ de tir des meurtrières qui les traversent et pose aussi le problème des angles morts dont l'étendue est proportionnelle à l'amplitude du diamètre de la tour. Ces angles morts font le bonheur des poseurs de mines assaillants qui ne sont pas gênés par les tirs en provenance de la forteresse. Pour remédier à ces inconvénients, Salses est dotée de quatre bastions dont les batteries défendent le fossé. Les plates-formes sont suffisamment amples pour recevoir jusqu'à trois canons. Quant aux courtines, munies d'une banquette et d'un parapet rehaussé, elles servent à se garder des terrains élevés à partir desquels l'assiégeant attaque la forteresse. Les angles rentrants entre les tours et les courtines sont occupés par des échauguettes où prennent place des arquebusiers dont le tir en flanquement protège les escarpes. Ainsi, l'inconvénient que semblait poser au départ l'épaisseur des murs pour la qualité des tirs est résolu par un système de défense perfectionné. L'amélioration des champs de tirs de la forteresse est aussi renforcée par des demi-lunes qui laissent peu d'espoir aux assiégeants de parvenir jusqu'au fossé à découvert.

La forteresse possède d'autres avantages pour protéger sa garnison : un parapet relevé couvrant la plate-forme des vues d'enfilade des collines voisines; un bec saillant sur la face des demi-lunes déviant la trajectoire des boulets ennemis et sauvegardant les murs qui se trouvent dans l'angle mort. En effet, même si Salses est en avance sur les traités de fortification de son temps, la confection des demi-lunes et des bastions est encore médiévale par leur configuration arrondie qui permet, certes, un champ de tir large, mais peu regroupé. Les bastions employés ensuite par Vauban, notamment dans la citadelle de Mont-Louis, sont de forme triangulaire afin de disposer d'un alignement serré de meurtrières qui rende possible un balayage du camp adverse. Les bastions et les demi-lunes de Salses ne sont pas capables d'effectuer à eux seuls des feux croisés et de toucher ainsi toutes les positions des batteries ennemies ; cependant les positions de tir de tous les ouvrages ont été savamment calculées pour remédier à cet inconvénient. Néanmoins Salses -par son enfoncement dans le sol- est l'exemple parfait du passage de la muraille médiévale à la muraille moderne.

Avec l'apparition du boulet de fer, plus résistant et plus destructif, la muraille s'abaisse de plus en plus pour offrir moins de prise à l'assiégeant. Salses est enfoncée dans le sol et ne se découvre à la vue du soldat que s'il s'approche du bord de la contrescarpe. Les canons des assiégeants font peu d'effet car ils croisent leurs tirs avec ceux des assiégés placés sur les plates-formes, pratiquement à hauteur de la contrescarpe. De sorte que le bas des murailles de Salses n'est jamais endommagé par les boulets et le haut relativement peu puisque les assaillants sont obligés de se découvrir pour tirer. d'autre part, la muraille moderne, plus basse et plus épaisse que la muraille médiévale, doit être consolidée par un talus d'escarpe construit à sa base. À Salses, ces talus sont construits en plan incliné pour gagner en stabilité et offrir un plan oblique aux impacts qui, au lieu de s'encastrer dans la pierre, ricochent et reviennent sur l'assiégeant.

Une autre particularité de la forteresse de Salses concerne l'intérieur de la forteresse qui ressemble à un agencement de petits forts indépendants les uns des autres de façon à ce que l'assiégeant ne gagne pas les lieux par la seule ouverture d'une brèche. Par exemple, le donjon se détache de la partie commune par un réduit entouré lui aussi de remparts munis d'un petit fossé. La conception de ce réduit oblige les assiégeants à entamer un nouveau siège. Il est d'ailleurs conçu comme une dernière base de retranchement puisqu'il abrite de petites écuries, la boulangerie, les divers magasins de vivres et de munitions, la prison, la cuisine et le service des eaux.

Le nombre et la disposition des embrasures et des meurtrières du donjon sont la preuve qu'il constitue le dernier lieu de repli pour la garnison assiégée. Salses peut être qualifiée de forteresse de transition car elle a mis en pratique l'élaboration du plan bastionné dont les traités développèrent la théorie d'édification à partir de la deuxième moitié du XVIe siècle. Il est d'ailleurs assez significatif que les rapports des conseils ou les courriers des officiers conservent un nombre infime de documents concernant les réparations ou les modifications apportées à la forteresse de Salses pendant ces années 1635-1643.

En juin 1639, les Espagnols portent un intérêt tout particulier à son approvisionnement en vivres et en munitions, mais aucune modification n'y fut effectuée. Lorsque Salses tombe entre les mains des troupes de Louis XIII, Richelieu demande à ce que l'on travaille au colmatage de la brèche qui est achevé quelques semaines plus tard.

En janvier 1640, après la victoire espagnole, les quelques réparations prévues n'aboutissent pas par manque d'argent. Il est question de nettoyer le fossé et de consolider des parties de parapet endommagées par les tirs lors des deux derniers sièges. Mais les ingénieurs ne remettent pas en cause l'élaboration de l'ensemble et ne jugent pas indispensable de rajouter d'autres ouvrages de défense. Salses a été suffisamment bien conçue pour demeurer telle qu'elle est. Les efforts de modernisation se portent désormais sur la citadelle et la ville de Perpignan.


Source :
Référence électronique
Marie-Véronique Martinez, « De la notion de ville-frontière à celle de frontière dans la ville », Cahiers de la Méditerranée, vol. 73, Les frontières dans la ville, 2006, mis en ligne le 5 novembre 2007.
URL : http://cdlm.revues.org/document1362.html. Consulté le 13 juin 2008.
Auteur
Marie-Véronique Martinez
Université de Lille III


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Il y a des appareils photo si compliqués que, quand on a fini de faire le point sur un bébé, c'est déjà un soldat.
[José Artur]


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